LE FILM | ||
AFRIQUE DE L’OUEST. GUINEE, CONAKRY.MAI 2005. LA SITUATION DU PAYS EST CRITIQUE : INFLATION, CHOMAGE, CORRUPTION GENERALE, MANQUE D’ELECTRICITE, D’EAU ET DE RIZ... LES RAPPEURS DE CONAKRY REPRESENTENT LEUR VILLE SUR DES BEATS FAITS EN FRANCE PAR HARMONIAK, ALI B, HYPNOTIC JAZZ CORP. Amateur de rap ou pas, ce film va vous prendre aux tripes ! “Comédie musicale” : C’est ainsi que J. Lenoir qualifie son film... Boutade de l' artiste qui a accouché d'une oeuvre si novatrice qu'il se trouve lui-même en difficulté pour lui coller une étiquette, la faire rentrer dans une case...et en parler ! Sans doutes, alors faisons-le pour lui : Vidéo hiphop : c’est bien sûr la première chose qui vient à l’esprit. Mais ne retenir de Foniké que son rap serait faire insulte à son écriture cinématographique, à ses aspects documentaires et à son esthétique qui transpirent au travers de chacun des morceaux, de chaque interview, à chaque coupe. Un documentaire sur le rap Guinéen, peut-être ? En quelque sorte, mais au lieu d'être un énième documentaire sur le hiphop, c'est plutôt le hiphop qui se réapproprie le genre documentaire et livre ici sa première vraie copie. Ce qui est sûr est qu'il s'agit d'un Film... Alors, va pour "Film documentaire musical" ...et n'en parlons plus ! Foniké, signifie "Jeunes" en langue Sousou, une des ethnies de la Guinée. Le film vous amène découvrir Conakry la capitale et ses jeunes talents du hiphop : chanteurs, comédiens, graffeurs, connus et inconnus, dans une démonstration de talent à l'état brut. Tout “sent le frais” dans Foniké : Le rap, tout d’abord, et ses jeunes artistes issus de la rue, qu’ils soient des méga-stars en Guinée à l’image de l’imparable trio Degg J Force 3 ou bien de simples jeunes vivant dans les rues ou encore étudiants comme les Kassangue. Ils nous font ici découvrir un hiphop authentique, rageur, aux accents révolutionnaires. Mais surtout un rap mûr, posé, incroyablement maîtrisé par une jeunesse pourtant bien en manque de moyens pour pratiquer et enregistrer dans le ghetto... L’image ensuite : Foniké a été tourné avec deux caméras vidéo numériques “de touristes” comme le dit le réalisateur. Mais si Jérémie tourne avec de petites caméras, ce n’est pas uniquement parce que ça permet d’éviter d’être repéré : c’est avant tout parce que son style le nécessite. Il trouve toujours l’angle impossible, le déplacement naturel autour de son sujet, fait oublier ses caméras et réalise au final une magnifique captation du réel... Et puis il y a le son. Le flow impressionnant de ces rappeurs de rue qui posent en une seule prise live et donnent tout. Les Beats hiphop puissants de Waam (Harmoniak), Ali B (Armata fivois) et Hypnotic Jazz Corp semblent avoir été faits pour les rencontrer... Et le son est bon, vraiment bon, et à brancher de préférence sur une chaîne HiFi, à fond ! C’est que J.Lenoir vient du cinéma, avec quelques tours dans son sac, dont son Live Backplay, technique inédite d’enregistrement du rap, qu’il peaufine depuis 2000. Interviews libres, scènes jouées et morceaux rappés s’enchaînent et dressent le tableau d’une dictature au bord de la faillite, où les conflits générationnels, la corruption et un système éducatif pipé condamnent la jeunesse du pays. Et pourtant la jeunesse y a foi en un avenir meilleur. Et ne cesse de répéter, encore et encore, en un flux incessant ses revendications. Dans Foniké, les rappeurs de Conakry sont en mission... Un film qui vous laisse sonné. Une réalité que l’on prend comme une claque, en pleine figure. Un talent jusqu’ici muselé qui résonne enfin de par le monde...
David Guigue, éditeur.
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